Articles
Dans un orchestre, que se passe-t-il quand un musicien n’ose plus jouer ?
Et si le plus inquiétant n'était pas la fausse note, mais le fait que plus personne ne l'entende ? Derrière certains exemples de harcèlement moral au travail …
Dans un orchestre, que se passe-t-il quand un musicien n’ose plus jouer ?
Et si le plus inquiétant n’était pas la fausse note, mais le fait que plus personne ne l’entende ? Derrière certains exemples de harcèlement moral au travail se cachent des comportements qui se banalisent, des témoins qui hésitent et des silences qui en disent long. Et si tout le collectif avait un rôle à jouer ?
Imaginez un orchestre en pleine répétition.
Chaque musicien connaît sa partition. Le chef donne le tempo. Les instruments s’accordent et, peu à peu, la musique prend forme. Pour que l’ensemble fonctionne, chacun doit jouer sa partie, mais aussi écouter celle des autres.
Pourtant, depuis quelque temps, quelque chose sonne faux.
Un violoniste fait régulièrement l’objet de remarques désobligeantes. On critique sa manière de jouer, on l’interrompt, on plaisante à ses dépens. Au début, quelques musiciens échangent des regards gênés. Puis les répétitions passent, les remarques continuent et plus personne ne semble vraiment y prêter attention.
Le violoniste, lui, joue de moins en moins fort. Il hésite avant d’intervenir. Il finit par ne plus oser prendre sa place.
Et l’orchestre ? Il continue de jouer.
Ce qui, autrefois, aurait provoqué une réaction ne surprend plus personne. Les remarques deviennent habituelles, les silences s’installent et chacun semble s’accommoder d’une situation qui, progressivement, se dégrade.
À quel moment le silence d’un musicien devient-il le problème de tout l’orchestre ?
Dans l’entreprise, cette question résonne particulièrement lorsqu’on s’intéresse au harcèlement moral au travail. Car derrière certaines situations se cachent des mécanismes collectifs parfois difficiles à identifier : la banalisation de comportements hostiles, la peur de s’opposer, le conformisme social ou encore l’absence de réaction face aux premiers signaux.
Et si, pour mieux prévenir le harcèlement moral au travail, il fallait apprendre à écouter ce qui ne s’entend plus ?
Dans un orchestre, une fausse note isolée ne remet pas en cause toute une interprétation. Elle peut être corrigée, discutée, travaillée.
Mais imaginez qu’un même musicien soit systématiquement interrompu, dévalorisé ou mis à l’écart.
Que ces comportements se répètent, sans que personne ne les questionne.
Ce n’est plus seulement la qualité de la musique qui est en jeu. C’est la place que chacun peut occuper dans le collectif.
Dans une équipe de travail, certains comportements suivent une évolution comparable. Une remarque blessante est d’abord considérée comme maladroite. Puis elle revient. Une plaisanterie humiliante devient une habitude. Une mise à l’écart finit par sembler normale.
Le danger, c’est aussi de s’habituer à ce qui devrait continuer à nous interpeller.
Le harcèlement moral au travail peut prendre différentes formes, parfois moins visibles qu’une confrontation ouverte.
Parmi les exemples de situations préoccupantes :
Dans notre orchestre, une remarque maladroite ne suffit pas à conclure qu’un musicien est harcelé. Et un désaccord sur la façon d’interpréter une partition peut parfaitement faire partie du travail collectif.
En entreprise, c’est la même chose.
Ce qui compte juridiquement, c’est notamment la répétition des agissements et leurs effets possibles sur les conditions de travail, la dignité, la santé ou l’avenir professionnel d’une personne. C’est ce que précise l’article L1152-1 du Code du travail.
Mais au-delà des faits eux-mêmes, une autre question mérite d’être posée : comment de tels comportements peuvent-ils se répéter sous les yeux d’une équipe sans que personne ne réagisse ?
Dans un orchestre, chaque musicien ajuste naturellement son jeu à celui des autres. Cette coordination est indispensable pour créer une harmonie.
Mais suivre le mouvement peut aussi avoir ses limites.
Reprenons notre violoniste.
Plusieurs musiciens ont remarqué les remarques humiliantes. Certains les trouvent déplacées. Pourtant, personne n’interrompt la répétition. Pourquoi ?
L’un craint de devenir la prochaine cible. Un autre se dit que le chef d’orchestre interviendra si nécessaire. Un troisième hésite : et s’il avait mal interprété la situation ?
Alors chacun reprend sa partition.
Dans les années 1950, le psychologue Solomon Asch a étudié l’influence du groupe sur nos jugements.
Ses expériences ont notamment montré que certaines personnes pouvaient adopter une réponse manifestement incorrecte lorsqu’elle était unanimement soutenue par les autres participants.
Bien entendu, les situations professionnelles sont beaucoup plus complexes. Les rapports hiérarchiques, la peur des représailles ou la difficulté à interpréter les faits peuvent peser sur les réactions.
Mais ces travaux invitent à réfléchir à une question essentielle :
Quand tout le monde semble accepter une situation, à quel point devient-il difficile d’exprimer son désaccord ?
Dans notre orchestre, le silence des musiciens ne veut pas nécessairement dire qu’ils cautionnent les remarques adressées à leur collègue. Certains ne savent peut-être pas comment intervenir. D’autres craignent d’aggraver la situation.
Dans une entreprise, le même mécanisme peut exister. Ce que personne ne conteste peut progressivement être interprété comme ce que tout le monde accepte.
C’est pourquoi la prévention ne peut pas reposer uniquement sur le courage individuel. L’organisation doit créer les conditions permettant à chacun de s’exprimer, de signaler une difficulté et de trouver des interlocuteurs de confiance.
Et lorsque personne n’ose intervenir, quelle place doit prendre le manager ? Entre vigilance, responsabilité et juste posture, découvrez jusqu’où va réellement son rôle face à une situation de harcèlement.
Et si attendre d’être certain était déjà prendre un risque ?
Derrière des comportements qui semblent anodins peuvent se
cacher les premiers signaux d’une situation qui se dégrade.
En trois minutes, découvrez comment mieux les repérer et pourquoi
intervenir ne signifie pas accuser.
Quand une situation de harcèlement présumé bouleverse une équipe,
le manager peut lui aussi perdre ses repères.
Comment protéger, écouter et agir sans juger trop vite ?
Avec Karine Kollar, psychologue du travail, découvrez les dilemmes de
celles et ceux à qui l’on demande de prendre soin du collectif.
Revenons à notre violoniste.
Il est toujours présent aux répétitions. Il connaît sa partition. Mais il ne joue plus comme avant.
Auparavant, il proposait des idées, échangeait avec les autres musiciens et prenait plaisir à jouer. Désormais, il reste en retrait. Il évite les regards et préfère ne plus se faire remarquer.
L’orchestre n’a pas perdu un musicien. Mais il est peut-être en train de perdre sa voix.
Dans l’entreprise, certaines situations de souffrance peuvent également s’accompagner de changements progressifs.
Un collaborateur habituellement impliqué participe moins aux réunions. Une personne autrefois spontanée évite désormais de prendre la parole. Un salarié s’isole, semble particulièrement inquiet avant certains échanges ou manifeste une fatigue inhabituelle.
Ces signes peuvent traduire une difficulté, mais ils ne constituent pas des preuves de harcèlement moral. Ils peuvent avoir de nombreuses autres causes.
Pour les managers et les professionnels RH, l’enjeu n’est donc pas de poser un diagnostic à partir d’un changement de comportement, mais de rester attentifs à ce qui évolue dans les relations professionnelles.
Dans notre orchestre, attendre que le violoniste arrête complètement de jouer pour lui demander ce qui se passe serait-il vraiment la meilleure solution ?
En entreprise, attendre qu’une personne formule explicitement une plainte peut également laisser une situation préoccupante se dégrader.
Cela ne signifie pas qu’il faut conclure trop vite.
Observer, écouter sans jugement et orienter vers les interlocuteurs adaptés permettent d’agir sans présumer de la nature des faits.
Encore faut-il que les managers et les équipes RH disposent des repères nécessaires pour trouver la bonne posture.
Un orchestre ne retrouve pas son harmonie en demandant simplement à un musicien de jouer plus fort.
Il faut aussi s’intéresser à ce qui se passe autour de lui : la place qu’on lui laisse, la manière dont les musiciens s’écoutent, les règles qui organisent leurs échanges et la façon dont les difficultés sont abordées.
Dans l’entreprise, prévenir le harcèlement moral ne consiste pas uniquement à réagir aux comportements individuels.
C’est aussi agir sur le fonctionnement collectif et les conditions de travail, dans une démarche globale de prévention des risques psychosociaux, comme le souligne l’INRS.
Pour les DRH, responsables RH et managers, plusieurs leviers sont essentiels.
Dans un orchestre, le chef ne peut pas tout résoudre à lui seul. La qualité de l’ensemble dépend également des conditions dans lesquelles les musiciens travaillent et coopèrent.
Dans l’entreprise, des rôles mal définis, des tensions non régulées ou des pratiques managériales inadaptées peuvent contribuer à dégrader les relations professionnelles.
Identifier ces facteurs permet d’agir en prévention, sans confondre dysfonctionnement organisationnel et harcèlement avéré.
Prévenir plutôt que subir.
Parce qu’identifier les premiers signaux ne s’improvise pas, encore faut-il donner aux managers et aux équipes RH les bons repères pour comprendre, réagir et prévenir les situations de harcèlement.
Revenons une dernière fois à notre orchestre.
Les musiciens sont toujours sur scène. Le chef continue de donner le tempo. La partition avance. Pourtant, l’un d’eux ne joue presque plus.
Le concert peut continuer, la musique peut même sembler harmonieuse à ceux qui l’écoutent de loin. Mais quelque chose d’essentiel s’est perdu.
Dans l’entreprise, le fonctionnement apparent d’une équipe ne dit pas toujours tout de la qualité des relations qui la composent.
Prévenir le harcèlement moral au travail, c’est aussi savoir questionner les comportements tolérés, les signaux ignorés et les silences qui s’installent.
Face à une situation de harcèlement présumé, il est essentiel de prendre du recul, d’écouter les personnes concernées et d’établir les faits avec impartialité. Prévia accompagne les organisations dans cette démarche, pour agir avec rigueur et justesse.
Une situation sensible dans votre organisation ?
Échangeons sur les solutions adaptées à vos besoins.
La pause-café « Santé et QVCT » avec Prévia : découvrez toutes nos ressources !
Prévia vous propose plusieurs formats pour vous tenir au courant de tous les sujets santé au travail, QVCT et ressources humaines.
Développez vos connaissances avec nos podcasts, webinaires et articles, où que vous soyez !
Articles
Et si le plus inquiétant n'était pas la fausse note, mais le fait que plus personne ne l'entende ? Derrière certains exemples de harcèlement moral au travail …
Podcasts
Webinaires
Actualités